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François Hollande réussira-t-il à relancer l’Union pour la Méditerranée ?

Alexandre Hawari de Nov 12, 2013 - 17:25 dans International

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François Hollande réussira-t-il à relancer l’Union pour la Méditerranée ?

Par Alfred Mignot

Dès octobre 2012, soit quelques mois à peine après son élection en mai, le président François Hollande, participant à Malte au Sommet des 5+5*, mit l’accent sur le défi commun que représentait, selon lui, le développement économique de la rive sud de la Méditerranée, et la stimulation de la croissance sur la rive nord, en Europe.

François Hollande endossait ainsi une partie de l’héritage de Nicolas Sarkozy, qui avait lancé en grande pompe l’Union pour la Méditerranée (UpM), rassemblant à Paris en juillet 2008 les 43 chefs d’État ou de gouvernement représentant l’Union européenne et les Pays du sud et de l’est méditerranéen (PSEM).

Dans les mois qui suivirent, et particulièrement lors de sa visite d’État au roi du Maroc Mohamed VI, en avril 2013, le président français évoqua à maintes reprises le concept de « colocalisation industrielle », nouvelle approche d’un partenariat renouvelé d’une « Méditerranée des projets » entre les rives nord et sud. Concept en fait déjà éprouvé par l’expérience allemande avec les pays de l’est européen, et qui consiste à partager la création de la chaîne de valeur entre pays partenaires. Telle est déjà d’ailleurs la pratique des groupes automobiles allemands, qui font produire l’essentiel de leurs grosses berlines à moindre coût dans les pays de l’Est, avant de les réimporter chez eux, puis de les exporter en maximisant leurs marges.

Cette vision d’une Méditerranée des projets est reprise dans le rapport que le député Michel Vauzelle, et président de la région Provence-Alpes Côte-d’Azur, a remis le 9 octobre à François Hollande, qui le lui avait commandé. Le député y réaffirme notamment cette idée de colocalisation industrielle, mais n’évoque qu’évasivement le rôle de l’Europe dans la problématique méditerranéenne, ni en particulier celui de l’Allemagne.

Or, le discrédit de l’Europe dans les PSEM est grand, et un seul chiffre suffit à l’expliquer : les fonds européens alloués au développement économique des pays de l’Est sont depuis des années en moyenne 20 fois supérieurs à ceux destinés aux PSEM – 154 € vs 7 € en 2009, soit 22 fois moins ! Par ailleurs, il est connu que plus de 50 % des fonds européens versés au profit des pays de l’Est reviennent en Allemagne sous forme de commandes à l’industrie d’outre-Rhin.

Il est ainsi aisé de comprendre que le véritable interlocuteur à convaincre en Europe pour agir plus fortement au sud est encore une fois la chancelière Angela Merkel. Problème, elle vient de remporter les élections législatives de septembre et entame son troisième mandat de quatre ans. C’est de mauvais augure, car l’on se souvient de la manière dont elle avait « cassé » le projet initial français d’une Union pour la Méditerranée réservée aux seuls pays riverains (2007), puis imposé l’ensemble de l’Europe (et donc l’Allemagne) dans l’UpM (2008), tout en exigeant que pas un euro ne soit déboursé à son bénéfice.

L’une des clés de l’avenir euroméditerranéen se trouve donc une fois de plus à Berlin. À ce jour, on peut douter que François Hollande dispose seul du rapport de force suffisant pour infléchir « l’égoïsme » allemand. Les pays du sud aussi devraient prendre cette réalité en considération et assumer leur part du lobbying proméditerranéen à l’adresse d’une Europe qui regarde trop à l’Est et néglige son versant sud.

*Le processus de concertation « 5+5 » rassemble cinq pays de la côte nord et cinq de la côte sud de la Méditerranée occidentale : France, Italie, Espagne, Portugal, Malte ; Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie.

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