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Les difficultés de l’accord russo-américain sur la Syrie

Lila Schoepf de Nov 14, 2016 - 07:05 dans Politique

Cinq ans de guerre, un demi-million de morts ! Peut-on encore croire à un règlement de la crise, voire de la tragédie syrienne, qui a aussi provoqué la plus grande crise migratoire depuis la Deuxième Guerre mondiale et transformé le pays en incubateur de l’État islamique. Le dernier accord russo-américain, en date du 10 septembre, doit nous inciter d’autant plus à la prudence que le 27 février dernier, le même type d’accord avait volé en éclats au bout de quelques semaines.

Aujourd’hui, il s’agit d’appliquer quatre points fondamentaux pour tenter de sortir de la crise. Instaurer un cessez-le-feu durable sur tout le territoire. Établir un accès humanitaire à toutes les zones du conflit. Établir une réelle coopération militaire avec frappes conjointes russo-américaines contre l’État islamique. Enfin, point délicat, reprendre les négociations sur la transition politique.

Le problème, c’est que la multiplication des groupes armés antagonistes pro-Bachar al-Assad acceptés par les Russes, comme le Hezbollah et les Gardiens de la révolution iraniens, des milices chiites irakiennes et afghanes (à peu près 20 000 hommes sur le terrain), des groupes kurdes divers et variés et les anti-Bachar soutenus par les États-Unis, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe, rend la situation compliquée. Il appartient donc à Vladimir Poutine et à Barack Obama d’exercer les pressions nécessaires sur leurs alliés respectifs et de dissiper la méfiance existant entre eux.

Les deux pays sont-ils capables d’échanger des informations sur les cibles qu’ils doivent atteindre ensemble ? Les Américains redoutent que les Russes n’utilisent leurs données pour en savoir plus sur la façon dont ils opèrent pour identifier et attaquer ces cibles, à un moment où les forces des deux pays sont très voisines sur le continent européen après la crise de Crimée.

L’accord russo-américain constitue la première étape d’une fusée à plusieurs étages. Il est nécessaire mais pas suffisant, car on est dans une guerre où l’ennemi de son ennemi n’est pas forcément un ami et où les affrontements se sont superposés au fil du temps, rendant toute négociation pratiquement impossible.

Comme l’écrit mon confrère Adrien Jaulmes, du Figaro : « La Syrie est devenue un patchwork de fiefs ennemis qui se combattent ou s’allient dans un jeu compliqué qui défie l’entendement. »

Quand on passe au peigne fin ce patchwork : régime Bachar al-Assad contre groupes rebelles, islamistes chiites contre islamistes sunnites, Iraniens chiites contre Saoudiens sunnites, Turcs contre Kurdes, Kurdes et Turcs contre djihadistes de Daech, Russes contre rebelles, Américains soutenant à la fois les Turcs et leurs ennemis Kurdes du Nord de la Syrie qui combattent ou soutiennent diverses factions rebelles, c’est à ne plus s’y retrouver. Le conflit syrien est devenu un champ de bataille où s’affrontent armées régulières et milices, acteurs locaux et puissances étrangères (Russie, Iran, États-Unis, Arabie Saoudite).

On est dans un imbroglio des plus complexes. Comme le disent de nombreux experts, pour les rebelles, le cessez-le-feu intervient alors que le régime a regagné du terrain et encercle à nouveau Alep, la deuxième ville et poumon économique du pays. Si la trêve est respectée, elle gèlera la situation en faveur de Bachar al-Assad et ses troupes et forcera à terme les rebelles à renoncer à Alep.

Reste que les points les plus épineux, la transition politique et l’avenir de Bachar al-Assad, sont loin d’être réglés. Mais les Russes, qui sont devenus incontournables en Europe et au Moyen-Orient, veulent sortir du bourbier syrien.

De sources diplomatiques, ils étudieraient la possibilité de trouver une sortie honorable pour Bachar al-Assad, tout en l’excluant d’un gouvernement d’Union nationale dont feraient partie certains membres de son gouvernement et de son parti unique, le parti Baas, proches de la Russie, avec des représentants de l’opposition modérée acceptés par les États-Unis et leurs alliés. Mais l’Iran chiite, allié indéfectible de son cousin germain alaouite syrien, refuse tout départ de Bachar al-Assad.

Alors, peut-être y aura-t-il à l’horizon des dissensions au sommet entre l’Iran et la Russie, entre Vladimir Poutine et les ayatollahs ?