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Tolérance : islam et franc-maçonnerie

Alexandre Hawari de Jan 12, 2014 - 18:54 dans Tribune

Tolérance : islam et franc-maçonnerie

Par Hervé Hasquin

Bien sûr, les rapports entre l’islam et la franc-maçonnerie pouvaient paraître conflictuels, mais au final, ils ne le sont pas davantage que ceux qu’avaient entretenus longtemps et qu’entretiennent encore la plupart des confessions religieuses chrétiennes avec cette société philosophique née dans les îles britanniques au XVIIe siècle.

On peut s’étonner d’une société qu’elle prône l’égalité, la libre discussion, la fraternité, la tolérance religieuse à l’égard des croyants et des non-croyants, puisque toute loge maçonnique comporte des fondamentalistes radicaux. On en compte dans toutes les religions. Cela explique les principales critiques de certains courants de l’islam à l’encontre des maçons.

Elles ont toutes, sans exception, apporté des condamnations formulées par des papes, par des théologiens catholiques, protestants et orthodoxes. Le secret, la suspicion d’hérésie qui peut déboucher sur l’athéisme et la dépravation des mœurs, puisque toute loge maçonnique accepte en son sein des individus d’horizons religieux et philosophiques différents.

En dépit de la fatwa publiée par le Collège de jurisprudence de La Mecque, en 1978, à l’égard des maçons, force est de rappeler que des musulmans pratiquants et éminents ont été des francs-maçons. Comme le prince Abdel Kader al-Jazairi qui avait sauvé les chrétiens en Syrie des agressivités des Turcs, colonialistes de la région à l’époque ; ou encore, le philosophe, Jamal Addine al-Afghani ; et aussi le symbole du réformisme social, cheikh Mohamed Abdou. Tous ont été des francs-maçons au XIXe siècle. Ces derniers, musulmans, croyants et pratiquants de grande envergure avaient vu dans la maçonnerie l’esprit, comme l’islam de tolérance, d’une société progressiste et humaniste.

Cette dernière étant susceptible de favoriser l’émancipation des sociétés très souvent tenues par le joug des régimes autoritaires partout dans le monde. Ces figures emblématiques de tolérance ont témoigné, par leur appartenance tangible et récente à la maçonnerie, qu’il était possible de concilier une foi islamique sincère à la participation aux travaux des loges ainsi que l’adhésion aux valeurs qu’elles promettent.

Autre exemple de tolérance de l’islam vis-à-vis de la franc-maçonnerie : en 1973, un jugement du tribunal de Casablanca a établi qu’il n’existait aucune contradiction entre les principes maçonniques, d’une part, et, d’autre part, les préceptes de la religion musulmane et de la Constitution marocaine.

Malheureusement, ces dernières années, les ingérences militaires des Occidentaux – comme cela a été le cas en Libye – et les conséquences néfastes sur les plans humains et matériels – comme en Irak – ont donné des alibis aux courants musulmans radicaux pour s’attaquer par la violence à ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis.

Ce qui est loin des principes de tolérance de l’islam. Et voilà ce que doivent comprendre les Occidentaux, hommes politiques, citoyens et intellectuels. Afin d’éviter les amalgames et les diatribes contre l’islam, et surtout contre les Occidentaux de confession musulmane. Ce qu’il faut comprendre – et il faut en être convaincu –, c’est que l’islam, religion de tolérance, n’avait jamais été menaçant envers les autres religions ni vis-à-vis des maçons.

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